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Correspondances et cartes

Torcello.

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L'ile de Torcello est située au nord-est et à environ dix kilomètres de Venise. C'est une des plus petites îles de la lagune vénitienne, mais aussi l’une des plus intéressantes par son histoire et ses monuments.

Un voyageur qui ferait un séjour de plusieurs mois à Venise ne devrait pas manquer de parcourir en barque le grand estuaire qui s'étend entre les 45°.10 et 45°.30 de latitude septentrionale et les 29°.47 et 30°.20 de longitude orientale. On peut lui promettre que cette exploration serait pour lui une source de beaucoup d'impressions nouvelles, curieuses et utiles, el qu'il n'aurait point à regretter sa peine, à moins d’être de ces gens qui ne goûtent aucun plaisir en voyage s'ils ne sont assurés pour chaque soir d'un excellent repas et d'un bon lit. Aux environs de Venise, cela ne se trouve guère.

Qui pourrait voir du haut de la nacelle d'un ballon, par exemple, la lagune vénitienne, serait frappé de l'aspect de ce vaste espace tout parsemé de lacs, de bas-fonds, de bancs de sable, de canaux bordés de poteaux. En regardant avec plus d'attention, il apercevrait des villes, des bourgs, d'élégants édifices, des prairies, des vergers ; il ne serait pas moins étonné de toute l'activité qui règne dans cet étrange pays : ici, en grand nombre, des pêcheurs, là des maraîchers , ailleurs des fabriques, le travail partout. Car, bien que les habitants divisent l'estuaire en lagune vivante (viva) el lagune morte, pour distinguer la partie la plus habitée et la plus voisine de l'Adriatique de celle qui se rapproche le plus de la terre ferme, et où sont les lacs salés et d'eau douce qu'on appelle aussi les « vallées de pêche », le mouvement, surtout à certaines époques, est vraiment de toutes parts extraordinaire. La pêche et la chasse sur ces lacs fournissent de poisson et de gibier non seulement Venise, mais les provinces voisines. En certains endroits la pêche est libre ; on l'appelle vagantiva ; c'est celle de milliers de pécheurs qui, en observant toutefois quelques règles, exploitent pendant tout le cours de l'année les lagunes ouvertes et les canaux: Ils sont fort habiles; leurs procédés sont très-variés, les espèces diverses de poissons étant nombreuses. Mais l’art est plus particulièrement remarquable dans les vallées de propriété privée, où se font les grandes pêches d'après des aménagements très ingénieux qu'a enseignés l'expérience de bien des siècles : ce sont, à vrai dire, pour la plupart, d'immenses viviers où établissements de pisciculture d'un très riche produit.

Les limites de l'estuaire du côté de l'Adriatique ne méritent pas moins l'attention du voyageur. Ce littoral, qui ferme la lagune et la protège contre les tempêtes, est percé de cinq ports, qui sont, à partir du sud, ceux de Chioggia, de Malamocco, du Lido, de Sant-Erasmo et des Tre-Porti. Leur importance relative les fait classer dans cet ordre différent : Malamocco, Chioggia (c'est entre ces deux ports que s'étend la célèbre digue de marbre que nous avons déjà décrite) (¹), le Lido, les Tre-Porti et Sant- Erasmo, où ne peuvent pénétrer que les petits bateaux à marée haute.

Mais revenons à Torcello, qui est notre sujet principal. On s'y rend de Venise facilement dans une gondole à quatre rameurs, et il suffit d’une demi-journée pour cette excursion; mais il ne faut pas s'arrêter en chemin, à Murano pour étudier les verreries, à Burano pour voir fabriquer les dentelles; le mieux-est de jouir paisiblement en allant et en revenant de ces tableaux charmants de l'eau et du ciel vénitiens, teints des nuances les plus fines, les plus douces ou les plus brillantes, O souvenirs ! glisser mollement, sans bruit, pendant quelques heures, au milieu de ce spectacle enchanté, n’est-ce pas une des rares félicités de la vie ?

¹ Le Magasin Pittoresque tome XXVII, 1859, page 292

Article paru dans le Magasin Pittoresque tome XL, 1872, page 57