Îles

Correspondances et cartes

À la fin...

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Penthésilée, à la fin... enter image description here

C'est vrai, j'adore les autres « mondes ». Au risque qu'on me croit « exote » Suis-je en visite ? Peut-être. Je ne sais pas. J'ai l'impression grandiloquente de reproduire ce qu'a fait en son temps Jack London, côtoyer.

Au début, les regards sur moi étaient durs, réprobateurs. Indifférents, ensuite. Je ne mouftais pas, serré dans un coin. La tête baissé, l'air vague, en moi-même, faisant le vide dans ma pensée, délaissant les mots, ne dénommant plus les sensations, ignorant les stimuli anamnestiques. Aux confins de la langue, attouché au réel.

j'appelais çà, aller à Tarsis. Le vertige du vide, ce gouffre affolant qui me sépare de l'autre. Qu'importe si je ne suis d'aucun monde ? Errant aux marges, j'ai l'impression d'éprouver les liens que tissent les autres entre eux, en forte tension et vulnérable, délié.

L'ivresse de l'attache, et la peur qu'elle se rompe pour un bannissement ? Pour quelle reconnaissance ? Comme si ce qui importait, ce n'était pas tant son appartenance à ce monde que la place qu'on y occupe comme une forme d'authenticité, de réelle permanence d'y être toujours reconnu, d'en être.

Quoi qu'il arrive et, même si, pour une raison malheureuse, il advenait qu'on s'en écarte, on resterait quand même relié à ce monde.

je suis là parce que, peut-être, ce monde n'est pas hors de la cité. Suburbain, îlot de sociabilité obscure, discret au cœur des centres où tous convergent pendant les nuits, ce monde là est celui d'une préférence au delà même des désirs.
Passages.

Ce n'est pas tant que cet état serait de nature. Non, ce qui est le plus terrible, c'est que sa culture est si ésotérique. Elle se fonde sur l'ascèse effrayante de l'oblation qui est découverte du manque de l'autre et qui met tant de temps à apparaître comme une évidence.

Longtemps, on doit être dans le voisinage de l'autre sans le savoir vraiment. Même si, quand on a l'impression de comprendre, enfin, on pense qu'on l'avait su depuis toujours sans se l'avouer vraiment.

Au début, pourtant, il y avait l'innocence et l'inquiétude.
Et à la fin comment sera-ce ?
Amertume et solitude ?
Désillusion et solitude ?
Apaisement et solitude ?
Amour perdu et solitude ?
L'appartenance à ces mondes décalés, codés, comme de toujours, semble intangible et, pourtant, tout paraît si fragile. Ce qui est de plus mille ans pourrait disparaître en une nuit écarlate.
Si bien que ceux qui raconteraient ce qui fut, on croira que c'est une histoire mythologique.
Penthésilée, à la fin...
Je ne suis pas ce que vous croyez.

Ma Diane

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Ma Diane

Renverser l'idole.

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enter image description here C'était un rêve d'italien. mais je ne savais pas encore que je l'étais à moitié. Et ce n'était pas un italianisme humaniste et christianisé du quattrocento civilisé et criminel. Non, c'était un rêve dionysiaque, d'une brutalité antique et païenne. Celle d'un enfant qui n'a pas de langage.
Seulement des cris et des affects d'animal. Et c'est comme un hurlement de montagnard, rauque et rude, une explosion avec son souffle de gorge épuisée déjà, alors que le cri retentit encore. Joie mauvaise de l'assassin qui détrône ce qui lui est le plus cher mais qui déjà l'a tué. Et le meurtre, aussi impulsif qu'un acte instinctif nous entraîne par la seule énergie du corps même qui irradie en une pensée, la seule pensée de ma vie qui a une signification précise que je sais dans l'instant même de son irruption sans le mot qui la nommerait et qui l'aurait fixée dans ma mémoire comme un savoir et non pas pas comme une assomption en enfer. Un sentiment radical, dangereux, subversif assez pour ne pas en avoir peur le reste de ma vie, sans doute jusqu'à la fin. Ma première et unique fête onirique et brutale.

Le crime initial, impardonnable, le contraire du crime mythologique du père. Mais qui est en même temps négation du père même dont on fige dans la minéralité diaphane d'un marbre translucide la statue de l'impuissant.

Et moi, pris dans les rets d'une contradiction fondamentale qui rendait mon enfance malheureuse à cause d'avoir de moi-même dans un éclair de lucidité si précoce, trop précoce même, inventé une idée si claire et sans interprétation possible autre que le plaisir mortifère du renversement de l'idole qui se brise dans sa chute. Et la jouissance qui me prend d'avoir oser ce bris implacable et silencieux comme un secret. Cet assassinat n'était pas un meurtre rituel, mais il me plongeait dès le renversement de l'idole dans le sacré de l'amour même de l'idole détruite, de la distance abolie, du vide qui ne pouvait que laisser la parole le combler. Assassin bien trop prématuré, il en est toujours ainsi des crimes commis dans l'extrême enfance, on n'a pas les mots ni du remord ni de la justification. Et inhibé pour le reste de ses jours des combats, ayant accompli le pire suprême, on ne pense plus qu'à se sauver de l'absence qu'on a provoquée, de ce vide qui s'est élargi en nous-même comme une brèche dans la terre quand elle a tremblé, découvrant un gouffre sans fond, privé de lumière. Un soleil noir qui pourtant darde des rayons pubères. Je suis à jamais hanté par la peur de ce vide laissé sur le piédestal qui supportait la statue basculée de l'idole.

Ce que j'adore, c'est donc le rien. Ce rien que j'ai créé et qui me rend fou de terreur intime. Et si ce rien qui me poursuit était l'acte le plus haut, l'observation-acte qui m'a sorti des rangs des meurtriers, mais comme un criminel, comme cet anarchiste que je ne désavoue pas et qui m'horrifie autant que je m'abhorre, ce frère indigne des hautes œuvres, que je hais sans le rejeter de l'utopie, dont j'ai hérité de la culture libertaire comme d'un fardeau dont on ne peut pas se défaire, ce tueur qui a poignardé hypocritement mais sans pitié, autant que j'en était dénuée absolument dans la volonté de l'accomplissement irréversible du renversement d'un empire, Élisabeth d'Autriche que je ne peux pas m'empêcher d’apprécier parce qu'elle est la victime tellement jolie, très maternelle même reine. Je suis donc dès la prime enfance un double à la manière d'une farce, mais farce néanmoins, de Luigi Lucheni. Farce, tragique pour moi seulement.

Car si c'était un impulsion physique qui m'a poussé, je savais vraiment , avant que l'idole bascule, ce que je faisais et je savais que je voulais le faire et je savais sans user des mots, que j'étais dans la pleine lucidité de l'évidence de l'action pragmatique. Un acte philosophiquement pur, un acte dont la nature insurrectionnelle vaut tous les meurtres réels parce que éminemment symbolique de la figure du pouvoir absolu, totalitaire parce que ce pouvoir est le corps même du monde, un univers qui nous absorbe inéluctablement comme l'attraction d'un trou noir.

Le meurtre onirique de l'idole que j'ai commis en conscience, la seule fois où le contenu manifeste d'un de mes rêve se confond avec son signifiant si chargé du symbole, son évidence incorporée s'était déjà propagée aussi vite que la lumière, dans l'instantanéité même de la formulation du concept, son information était partout dans l'univers, dans la conscience même du très jeune enfant que j'étais et qui n'attendais que cela pour jouer l'acte. Et agir de la seule manière de l'accomplir totalement, de le réaliser effectivement, de lui donner sa valeur de vérité absolue, en rêvant. C'est ainsi que cette action immatérielle, qui s'est joué dans mon esprit, présente avec sa cruelle clarté innocente, tous les aspects d'une vérité aussi pure que la violence pure de l'acte, d'une nudité si voluptueuse et très vénéneuse, si parfait cet acte, si artefact, si profondément humain qu'il scintille comme un zircon, cette pierre trop parfaite, invention humaine, tellement parfaite, qu'elle parait tellement naturelle, plus naturelle que la pierre réellement naturelle dont elle s'inspire, ce diamant imparfait tellement convoité, bien plus que l'action parfaite qui produit le zircon absolument régulier. Aussi le symbole de mon acte dont la nature est indicible même si je peux le décrire, c'est ce caillou industriel et méprisé comme on méprise maintenant l'esthétique logique de la pensée générale.

C'était dans le vieux Vierzon, un jardin derrière la maison petite-bourgeoise, au vague air d'un petit parc d'Italie. Depuis la volée de marche qui dévalait de la maison jusqu'à la terre, au sommet de laquelle je me trouvais, la statue vivante de ma mère était là, tout près, à portée de la poussée de mes bras. Sans hésiter, la reconnaissant au premier regard, je bascule le corps d'albâtre dans le vide. Comme une jouissance silencieuse, un grand cri muet m'a pris, cette fois là, en ma seule joie candide d'avant l'inquiétude.

Trente ans plus tard exactement, le même cri muet me rendait fou dès l'irruption de l'angoisse aussi forte que la sensation provoquée par la mort infligée à l'idole.

Pozzuoli

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Cette petite ville est un des grands exemples de la puissance du commerce qui, selon qu'il change de direction, crée sur sa route, ou laisse s'anéantir loin d'elle, les établissement de la société humaine. Dicéarchie (ainsi elle s'appelait primitivement) commença par être un des ports et des entrepôts dont les Grecs de Comes, fixés sur le rivage extérieur de la mer de Naples, se servaient pour trafiquer avec les villes situées à l'intérieur du golfe ; elle en occupait le repli à la fois le plus abrité et le plus voisin de l'issue. C'était deux conditions avantageuses pour les navires des anciens, dont l'art peu avancé évitait les longues navigations et ne comptait que sur la nature pour la sûreté des ports. Naples qui est au fond du grand bassin dont Pozzuoli forme la première anse, était, au gré des marins de l'antiquité, trop éloignée de l'entrée et trop à découvert sur le rivage. Aussi la grande ville, qui seule reçoit aujourd'hui derrière son môle tous les vaisseaux mouillés dans ces parages, fut-elle autrefois le rendez-vous des arts de la Grèce et de Rome, sans être celui de leurs affaires, Le port que les habitants de Comes avaient fondé à Dicéarchie devint au contraire, surtout dans le monde romain, le principal organe du commerce de l'Orient.et de l'Occident.

Les romains s'en emparèrent pendant la seconde guerre punique, Fabius qui, après les loisirs de Capoue, reprenait sur Hannibal, en Campanie, la revanche de Cannes, s'établit à Dicéarchie, et, y trouvant peu d'eau, creusa, dit-on, des puits qui donnèrent à la ville son nom nouveau de Puteoli conservé par les langues modernes: Pozzuoli reçut peu à peu les vaisseaux qui apportaient à ses nouveaux maîtres, de tous les points du monde conquis le tribut des richesses et de l'obéissance des nations. Son importance, déjà considérable au sixième siècle de Rome fut porter au comble sous l'empire d'Auguste dans les commencement du huitième siècle.
Alors abordaient à Pozzuoli les navires chargés des blés d'Égypte, des tissus de l'Asie: des denrées et des métaux de l'Orient. De grandes manufactures s'élevaient en même temps à côté du port, pour traiter les matières que la mer apportait toutes brutes et qu'elle remportait fécondées par le travail des hommes. Elle se rendirent célèbres par la fabrication d'un bleu artificiel, que les anciens appelaient fritte de de Pouzzoles, et par celle de la pourpre que les teinturiers formaient en noyant la craie dans des chaudières remplies par le suc rouge des janthines.

Au milieu de ces ateliers et de ces vaisseaux, il y avait, place pour la pensée. Cicéron possédait au fond même de l'anse de Pouzzoles sa campagne de Puteloani où il écrivit le livre des Questions académiques ; il était là suspendu au-dessus des flots par des terrasses que la mer a battues ; et dont il ne reste plus que les débris. Après la Philosophie, le christianisme parut en ce lieu. C'est à Pouzzoles qu'aborda sur un navire de la ville africaine d'Adrumète, saint Paul, conduit de Césarée à Rome par Jules le centurion, de la cohorte d'Auguste.

Le premier empereur, jugeant de l'importance de cette situation , voulut la fortifier et l'agrandir encore par des travaux considérables. Le cap de Mysène, qu'on voit sur les derniers plans de notre dessin, étant une barrière insuffisante contre les agitations de la pleine mer, déjà les Grecs avaient prolongé la pointe sur laquelle la ville de Pouzzoles s'élève par un immense môle, l'un des ouvrages les plus hardis de l'antiquité , et au avait la forme d'un pont jeté sur de vastes piles, visibles aussi sur notre gravure. Auguste entreprit quelque chose de plus surprenant de cet abri, au pied des coteaux qui en font la barrière occidentale, s'ouvrait le lac Lucrin célèbre par les délices des voluptueux de Baïes : séparé.de Lucrin par une gorge montueuse, le lac Averne, fameux par les terreurs du peuple et par les fictions des poètes, formait un autre bassin autour duquel des collines boisées et glaciales s'élevaient comme les hautes murailles d'un cirque.
Par ordre de l'empereur Agrippa fit assainir l'Averne en coupant les bois qui l'entouraient, et le joignit au Lucrin, mis lui-même en communication avec la mer : en sorte qu'il y avait dans le même lieu trois ports, celui de Pozzuoli, celui du Lucrin, celui de.l'Averne, capables de suffire à la majesté de l'empire et d’en recevoir les flottes nombreuses.

Non loin de là, au village de Bauli, entre le château de Baïes que montre notre gravure et le cap de Mysène, Lucullus avait fait construire précédemment, pour le besoin des flottes, un autre monument où se peint aussi toute la grandeur des Romains, c'est la piscina Mirabila quarante huit piliers massifs surmontés de pleins cintres qui affectent quelquefois la forme du fer à cheval, soutiennent cet édifice long de 278 palmes, large de 93, haut de 25 ; au milieu est creusé un bassin destiné à recevoir les eaux, qu'on amenait d'une distance de 40 milles, et qui devait approvisionner les vaisseaux mouillés dans le voisinage ; autour du bassin étaient les greniers qui leur fournissaient le froment. Ce souterrain, aussi majestueux que nos cathédrales, n'est pas fort éloigné d'un autre qu'on appelle le Cento Camerelle, qui avait sans doute un emploi analogue, et où l'on retrouve l'ogive de nos églises, taillée dans le roc même avec une énergie toute sauvage.

Une ville qui avait un commerce si étendu et qui était environnée de si grands établissements ne pouvait manquer de recevoir de la main des artistes une décoration conforme à sa fortune. En effet, la cathédrale actuelle; consacrée à saint Procule, diacre de l'évêque saint Janvier, et martyrisé avec lui ; est faite d'un temple élevé à Auguste dans le même lieu. Sur le côté oriental de l'église, on voit encore six colonnes corinthiennes cannelées, engagées dans le mur antique de la cella, et portant l'architrave, où l'on voit gravé le nom du fondateur Calpurnius, et celui de l'architecte Coccejus. Les proportions en sont grandes et les matériaux somptueux. Au rapport de Suétone, Auguste lui-même assista à des jeux donnés en son honneur par Pouzzoles dans un amphithéâtre dont il faut croire qu'on touche encore les débris. Ce monument, qu'on appelle aujourd'hui Colisée, par imitation de celui de Rome, a pu être élevé à une époque antérieure, et offre une arène qui n'est guère que la moitié de celle de amphithéâtre colossal érigé à Rome par Vespasien.

Après Auguste, Pozzuoli eut aussi sa part dans les folies de la magnificence impériale. Caligula, voulant étonner les Germains et les Bretons auxquels se préparait à faire la guerre, imagina de célébrer dans ce port, en mémoire de ses victoires imaginaires sur les Parthes.et sur l'Asie, une sorte de triomphe nautique imité de Xercès. Au môle dont nous montrions tout à l'heure les restes, il joignit un pont long de 3600 pas qui allait, de l'autre côté dé l'anse reposer sur le rivage de Baïes ; Il le forma de deux rangs de barques fixées par des ancres, couvertes de planches et de sables, accompagnées encore, sur chaque côté, de parapets semblables à ceux de la voie Appia. Un premier jour, Caligula traversa ce pont à cheval ; portant la couronne de chêne au milieu des flots du peuple ; un second jour, il le parcourut sur un char triomphal, couronné de laurier et suivi de Darius, otage envoyé par les Parthes.

Mais le monument le plus intéressant de Pozzuoli est le temple de Jupiter-Sérapis dont l'histoire naturelle a tiré des inductions consignés déjà dans ce recueil. C'est cet édifice qui montre son enceinte carrée et trois colonnes debout sur les premiers plans de notre gravure. En 1750, lorsqu'on déblaya les terres et les sables qui le couvraient on le trouva presque entier; on aurait pu le conserver et par des restaurations faciles ; nous donner une idée nette des enclos sacrés des anciens. Mais on aima mieux le dépouiller, et on dispersa les colonnes, les statues, les vases dont il était orné. Ce lieu, quoique évidemment consacré, contenait un établissement d'eaux minérales où, sans doute, le public était admis. La médecine, comme ; du reste, dans la plupart des fondations de l'antiquité, s'y exerçait sous la protection et avec le concours de la religion : le plan même du monument a ce double caractère. L’enceinte carrée était intérieurement ornée d'un portique soutenu par des colonnes corinthiennes ; au milieu de cette espèce d'atrium , quadrangulaire comme les cloîtres de nos couvents, qui n'en sont que la reproduction , s'élevait une place ronde à laquelle on montait par quatre gradins. Sur cette place ronde , les antiquaires du dernier siècle assurent qu'on trouva debout un temple circulaire, où seize colonnes de marbre rouge soutenaient une coupole sans doute absente lors de la découverte, et imaginée par les restaurateurs. Ce qu’ils ont mieux remarqué, c’est, à l'intérieur de cette enceinte ronde,une cuve octogone, qui servait sans doute aux grandes ablutions. Voilà tout-à-fait la forme des baptistères chrétiens du quatrième siècle, telle qu'on Ha retrouve à Rome dans cette salle impériale du palais de Latran, assez improprement appelée, je crois, le baptistère de Constantin. Sur le même modèle furent construits, au quatrième siècle, le baptistère d’Aix et celui de Riez en Provence, celui de Ravenne en Italie. Il est évident que les chrétiens ont emprunté le dessin de leurs piscines à ces cuves octogones renfermées dans une colonnade circulaire, qui devaient servir, chez les anciens , à des immersions moitié médicales et moitié religieuses. À Pozzuoli, derrière le péristyle quadrangulaire au centre duquel s'élève cette rotonde, on trouve des salles carrées qui devaient être employées à des bains particuliers, et non pas, comme on la prétendu, à l’usage exclusif des prêtres, Le caractère sacré du monument reparaît dans une grande abside placée sur l’un des petits côtés, et qui était sans doute le lieu réservé à la statue du dieu ; c’est devant ce sanctuaire que se dressent les grandes colonnes dont les tronçons, conservés intactes par les sables amoncelés, ont été striés par la percussion et par le sel de la mer à une hauteur qui a montré aux naturalistes combien ces côtes avaient dû changer d'aspect, et jusqu'où le flot s'y était longtemps soutenu. Les eaux couvrent encore encore aujourd'hui tout le pavé de l'enceinte, dont elle garantissent les marbres variés contre l'injure du pied des visiteurs. Ce monument, qui fait ainsi naître tant de questions sérieuses, a été considéré comme un ouvrage du sixième siècle de Rome ; c'est se faire. il semble, une singulière idée du goût qui régnait en Italie au temps de la seconde guerre Punique. Il est difficile que les les Grecs eux-mêmes, qui ont pu être, en effet, les constructeurs de ce temple, fussent alors parvenus à l’état qu'en indiquent les débris. J'y ai fait quelques observations qui conduiraient à penser, ou que les Grecs avaient eux-mêmes consenti, avant le siècle d'Auguste, à toutes les conventions de la décadence, ou que le temple de Jupiter-Sérapis est postérieur à cette époque. Il est d'abord certain, à ne voir que les restes des chapiteaux retrouvés, que les ordres ionien et dorique s'y associaient au Corinthien : ce qui est évidemment aux lois sainement comprises de l'art grec, pour qui la colonne est un indicateur absolu destiné, non seulement à mesurer une partie de l'édifice, mais à caractériser l'édifice tout entier. Les romains seuls purent commencer à l'entendre autrement lorsque , dépaysant ce bel art et voulant le faire servir à leurs besoins plus complexes , ils transportèrent la colonne grecque dans des monuments où elle perdait évidemment de sa valeur première au milieu d'une masse énorme. C'est ainsi qu'au théâtre de Marcellus, construit par Auguste, on retrouve l'ordre ionien au-dessus du dorique : C'est ainsi qu'au Colisée, élevé par Vespasien, on voit les trois ordres entassés l'un sur l'autre, et ne suffisant pas encore à l'immense développement de cet amphithéâtre, dont la couronne demeura privée de leur ornement. Dans toutes ces constructions, comme dans le temple de Pozuzoli, la colonne n’est plus qu’un ornement ; elle a cessé d’être un régulateur distinct et unique.

Mais on peut voir dans le temple de Jupiter-Sérapis d’autres signes qui en reculeraient encore plus la construction, ou qui pourraient motiver un amendement assez inattendu à l'histoire de l'architecture antique. On a remarqué dans les monuments des plus hautes époques du moyen-âge, aux angles saillants des niches qui décorent le porche ou les clochers, des colonnettes engagées qui des édifices romains ont passé aux édifices gothiques, et en sont devenues un des principaux caractères. Indépendamment de ces petites colonnes, perdues pour ainsi dire dans les rainures des niches , on a vu partout, dans les monuments de l'Europe chrétienne , et surtout dans ceux qui, comme la basilique de Saint-Marc à Venise, émanent directement de l'art byzantin , les colonnettes accouplées sur des consoles où elles forment une décoration fastueuse et inutile. On savait bien que ce luxe stérile des petites colonnes ornementales avait été connu des Romains au temps de leur décadence. L’arc de Janus Quadrifrons , élevé sur le Forum Boarium, et, à ce qu'on croit, au temps de Septime Sévère, en offre un exemple déjà compliqué. On croit que le même système de décoration fut usité dans les Thermes de Caracalla, où cependant les traces n’en sont plus visibles aujourd’hui. De là, il se propagea dans les monuments érigés par Dioclétien et par Constantin ; il fut, par celui-ci, transporté avec toutes ses pompes sur la frontière de l'Orient, d’où il revint, au bout de quelques siècles, accru encore de toute l’opulence de l'Asie. Ce jeu puéril, qui marquait ainsi la dernière déchéance de l'art antique , était accompagné d’un mouvement inverse qui, donnant au contraire à la colonne une utilité nouvelle, produisait le germe fécond de l'art des nations modernes. Pendant qu'on prodiguait la colonne dans les décorations extérieures où elle n'avait rien à supporter, par un abus plus heureux de la même libéralité, on l'employait à l'intérieur à soutenir les arcs cintrés de l'architecture romaine , qui, s’affranchissant alors des derniers liens de l'art grec, donna naissance à l'art du moyen-âge. Ainsi l'usage différent de la colonne est la cause principale et l'indice le plus frappant des grandes révolutions de l'architecture. Si mes remarques n’ont point été trompeuses , le temple de Jupiter-Sérapis offre un exemple déjà considérable de cette déviation qui forma le passage de l’art ancien à l’art moderne. Car dans la chambre qu’on m'y a montrée comme ayant autrefois servi aux bains des prêtres, j'ai observé d’abord des colonnettes engagées dans les angles des niches ; ensuite, hors des niches elles-mêmes, des consoles évidemment destinées, comme dans l'arc de Janus Quadrifrons , à supporter ces colonnettes, répétées là par un luxe entièrement inutile, C’est aux antiquaires qui jouissent continuellement de la vue de ce monument à dire si mon observation est juste, et à chercher les autres hypothèses par lesquelles on pourrait l'expliquer. Pour moi, qui crois n'avoir point fait une remarque légère, je suis forcé d'en conclure, ou que le temple de Jupiter-Sérapis appartient à l'époque de Caracalla ou que le système des petites colonnes décoratives n'a pas été inventé par les Romains du troisième siècle de l'ère chrétienne, mais qu’il a été pratiqué par les Grecs eux-mêmes trois siècles avant cette ère.

Article paru dans Le Magasin Pittoresque en 1847, page 65. Auteur inconnu.

Ischia.

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L'île d'Ischia est une des merveilles de ce golfe de Naples, si connu, si vanté, et à qui ne manquent jamais ni l'enthousiasme des poètes, ni le concours des étrangers.

Ce golfe, illustré par tant de souvenirs et où abondent les beautés naturelles et les monuments des arts, est ordinairement parcouru en deux jours par les voyageurs qui cherchent plutôt des impressions que des inspirations ou des objets d'étude.

La première journée est consacrée à visiter toute la partie orientale, qui s'étend de Naples au cap de Sorrente, et qui déroule dans un espace de quelques lieues plus de merveilles que n'en contiennent le reste de l'Italie, et peut-être l'Europe entière : Herculanum , Pompéi, le Vésuve, la plaine de Sorrente, Sorrente, patrie du Tasse ; les Galli, écueils des Syrènes ; Capri et sa grotte d'azur; Capri, l'ancienne Caprée , pleine encore du nom de Tibère.

La seconde journée repose de la première. Elle offre un intérêt de détails et de souvenirs moins pressés et plus vagues. Ce ne sont plus des villes entières sorties des cendres du volcan pour nous révéler les secrets intimes de l'antiquité. À la maison du poète tragique, aux rues sillonnées par les chars , à la voie des tombeaux, à ces détails de la vie domestique des anciens, succèdent des lieux pleins des monuments de leur culte, et déjà consacrés de leur temps par Les traditions du passé et par les révélations de la vie future.

Après avoir contemplé à la pointe du Pausilippe le temple de Vénus Euplæa, protectrice des marins, le voyageur débarque sur là plage où descendit Énée. Il parcourt les champs Phlégréens, s'embarque sur l'Averne, et visite le temple d'Apollon et la grotte de la Sibylle. Bientôt le sol dépouillé, qui grondait et fumait sous ses pas, étale une végétation plus active, Les Champs-Elyséens s'étendent sous ses yeux. Ici se borne l'exploration littorale du golfe ; mais la seconde journée n’est point terminée : il reste encore à visiter les Îles d'Ischia, de Nisida et de Procida, Nous parlerons ici de la première.

Cette île, que les anciens nommaient Ænaria , n'était célèbre parmi eux que par ses eaux minérales, dont la vestale Attilia Metella éprouva la salutaire influence. Ces eaux, en partie englouties lors du tremblement de terre de 1828, ne fondent pas seules la célébrité d’Ischia.

Séparée de la côte par un canal large de deux lieues, cette petite île offre dans un espace étroit la concentration des beautés de tout ordre qui enrichissent le golfe de Naples.

Sa population, qui s'élève à vingt-quatre mille âmes, est répartie dans plusieurs villages, dont les principaux sont : Casamicciolo, Foria, Pansa, Barano, Fontana, et enfin Ischia, capitale de l'île, que défend une forteresse imposante.

La ville d'Ischia eut pour fondateurs, suivant Strabon et Pline, des Calédoniens de l'Eubée ; elle fut successivement possédée par les Grecs, les Romains, les Goths, les Lombards et les Normands.

Souvent prise et reprise dans les guerres dont le royaume de Naples fut pendant si longtemps le théâtre, Ischia fut en outre exposée durant plusieurs siècles aux incursions des pirates africains.

Lorsque le marquis d'Elvasto commandait à Ischia, le corsaire Aridan-Barberousse, irrité contre ce vaillant capitaine qui avait fait éprouver de grandes pertes aux Turcs, fit une descente du côté de Foria, et saccagea ce bourg ainsi que Panza, Barano et tout le territoire jusqu'aux portes du château, emmenant quatre mille insulaires qui furent vendus comme esclaves.

Mais les maux de la guerre, joints aux fléaux naturels qui désolèrent si souvent Ischia, n'ont point diminué la nombreuse et belle population de cette île, dont les habitants semblent participer à la fécondité du sol.

En débarquant à la Marine d’Ischia, le voyageur se voit entouré, pressé par une troupe nombreuse d'ânes moins incommodes que leurs conducteurs. Quand, pour échapper aux ruades des premiers et aux importunités des seconds, il a fait choix d’une.monture, la foule s'écarte et le laisse passer.

Il peut alors, à quelque distance du lieu de son débarquement ; renvoyer l'inutile. et gênant cicérone , et s’avancer sans guide dans l'intérieur de l’île.

De beaux enfants à demi-nus, des femmes d’une beauté sévère, bizarrement mais noblement vêtues, chargées de vases dont la forme a retenu la grâce antique, dirigeront sa course dans un dédale de sentiers ombragés d'arbres rares et bordés dé myrtes et d’aloès.

Si la chaleur l’engage à s'arrêter près de quelque pauvre habitation, son étonnement sera grand de trouver des sorbets et des boissons glacées dans ces demeures privées des plus simples produits de l'industrie.

Ces précieux rafraîchissements sont dus aux neiges qui se conservent tout l'été dans les profonds ravins de l'Épomes, volcan éteint qui occupe le centre de l’île et que les étrangers ne manquent pas de visiter.

La dernière éruption de l'Epomes eut lieu en 1302, les escarpements et les bases de la montagne se sont depuis revêtus d’un sol merveilleusement fertile qui s'étend chaque jour sur les laves refroidies. Le chemin qui mène par Barano et Fontana à l'ermitage de Saint-Nicolas, situé au sommet du volcan, présente dans un trajet assez court des aspects dont le caractère grandit à chaque pas. Ce n'est d'abord qu'un sentier qui serpente sur les flancs d'une montagne boisée, justifiant tout ce que l'églogue antique a décrit de noblement agreste et ce que l'idylle moderne a rêvé de gracieux, Virgile et Gessner, Poussin et Watteau. Des fruits, beaux comme des fleurs, pendent sur des sources d'eaux chaudes qui fument sous de frais ombrages.

Bientôt l'aqueduc romain, qui porte au bourg d'Ischia les eaux de l'Abuceto, jette d'un rocher à l’autre ses hautes arches rouges chargées de toutes les variétés de la grande famille des cactus.

Enfin en sortant de Fontana, là végétation devient plus rare, la lave perce les pelouses qui ne tardent pas à disparaître ; de grands rochers divisent la route ou la surplombent, de chaudes vapeurs s'échappent des fissures du sol.

À Monte di Vito la lave a tout envahi ; le pied ne foule plus qu'une houille brûlante ; aucun arbre n'ombrage ce sol métallique qui étincelle aux rayons du soleil. On arrive enfin au cratère qui, éteint depuis plus de cinq siècles, et à demi comblé par des mouvements postérieurs à la dernière éruption, forme, avec Les douze volcans qui l'entourent, un plateau dont l'aspect uniforme n’attache que par son étrangeté.

De ce point élevé de trois cents toises au-dessus de la mer, la vue embrasse tout le golfe de Naples depuis le cap de Sorrente jusqu'au mont de Circé (promontorio Circello) ; et, telle est la transparence et l'élasticité de l'air dans ces climats favorisés, qu'aucun détail n’est perdu dans ce vaste panorama, et que les moindres bruits de la vallée montent jusqu'au sommet du volcan.